Le Qatar échange avec les talibans pour l’aéroport de Kaboul

Le Qatar échange avec les talibans pour l’aéroport de Kaboul

À la demande des talibans, Doha s’apprête à gérer la réouverture de l’aéroport de Kaboul. Le dossier afghan a mis en exergue le rôle central de l’émirat. Médiateur historique entre les différents partis, il jouerait également un «double jeu» avec les mouvements islamistes, estime Emmanuel Razavi, reporter.

Et si la relation entre les talibans* et le Qatar était mise à nue? Un jour après le retrait total des troupes américaines, le petit émirat est le premier pays à avoir envoyé un avion à l’aéroport de Kaboul. Le 1er septembre, le Boeing C-17A Globemaster qatarien s’est en effet posé sur le tarmac. À la demande des nouveaux maîtres de l’Afghanistan, Doha a dépêché une équipe technique «pour la gestion de l’aéroport aussi vite que possible» tant pour «l’assistance humanitaire que pour assurer la liberté de mouvement de façon sûre et en sécurité, y compris la reprise des évacuations».

 

Le Général Mckenzie quasi démenti par les talibans

Sur d’autres vidéos publiées par les talibans, on peut voir un hélicoptère Black Hawk, l’un des symboles de l’US Army. Or sur les images, les passagers de l’engin brandissent un drapeau taliban. L’image d’un hélicoptère américain piloté par des talibans représente presque une réponse au Général Kenneth Mckenzie, le chef de la mission américaine en Afghanistan, qui disait que ces hélicoptères américains ne voleraient plus après la prise de pouvoir des talibans le 15 août dernier.

« Ces appareils ne voleront plus jamais », avait assuré le chef du commandement central de l’armée américaine le 31 août dernier. « Ils ne pourront être utilisés par personne (…) La plupart étaient déjà hors service de toute façons. Mais il est certain qu’ils ne pourront plus jamais voler. »

Le Général Mckenzie est donc presque démenti par les images des talibans. Mais combien de temps ces équipements vont-ils pouvoir être utilisés par les talibans? Probablement pas longtemps puisque tous ces hélicoptères, ces avions et autres véhicules blindés nécessitent une maintenance et des réparations très régulières, ce que les talibans ne savent pas faire.

 

22.000 humvee, 360.000 fusils d’assault, 109 hélicoptères…

Quant à l’inventaire des équipements militaires laissés par les américains en Afghanistan, il commence à se préciser. Les talibans ont pu récupérer certains équipements utilisés par l’armée américaine, ainsi que ceux qui avaient été donnés par les Américains à l’armée afghane. Le Pentagone américain a déjà donné plusieurs chiffres: 22.000 Humvee, 360.000 fusils d’assault, 42.000 pick up, 109 hélicoptères.

Et même si la plupart sont désormais hors d’usage, ces équipements militaires valent beaucoup d’argent. Un hélicoptère MI 17, par exemple, coûte près de 12 millions de dollars l’unité (neuf). Donc même s’il ne vole plus, les pièces détachées de ces équipements trouveront probablement preneurs.

Charity Watson, chercheuse spécialiste des armes ayant longtemps travaillé en Afghanistan, confie à BFMTV qu’elle redoute la création d’un marché noir autour de ces équipements militaires. « On est évidemment inquiets que les équipements se retrouvent potentiellement sur le marché noir s’ils ne sont pas utilisés par les talibans », s’inquiète-t-elle. « Je pense aussi qu’il pourrait être utile d’exercer une pression diplomatique sur eux afin qu’ils contrôlent correctement les stocks et s’assurent que dans le futur, ces armes ne finissent pas sur le marché noir ».

Mais au-delà de l’argent, ce trésor de guerre a évidemment une valeur symbolique. « C’est le symbole du fiasco qui abandonne ses armes, ses hélicoptères, ses véhicules blindés à Kaboul », explique notre éditorialiste international Ulysse Gosset. « Et c’est un véritable coup médiatique pour les talibans qui affirment ainsi, images à l’appui, qu’ils ont vraiment gagné, qu’ils vont rester au pouvoir pour longtemps et qu’ils ont les mmoyens militaires de rester au pouvoir en Afghanistan ».

 

Reprise de vols humanitaires onusiens

Des vols humanitaires onusiens ont repris vers le nord et le sud de l’Afghanistan, a signalé jeudi le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric. Opérés par le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies, ils ont permis « à 160 organisations humanitaires de poursuivre leurs activités vitales dans les provinces afghanes », a-t-il précisé lors de son point-presse quotidien à New York.

Les vols ont relié Islamabad, au Pakistan, à Mazar-i-Sharif (nord) et Kandahar (sud), a ajouté le porte-parole. Trois ont été menés depuis le 29 août.

Entre 2002 et 2021, des vols onusiens ont desservi plus de 20 destinations en Afghanistan et l’objectif est de revenir vers une telle amplitude dès que la sécurité et le financement des opérations seront assurés, a dit le porte-parole.

Le PAM fait en sorte « de mener tous les efforts pour augmenter le rythme des opérations aussi tôt que possible et augmenter les destinations, a déclaré Stéphane Dujarric. En outre, un pont aérien de fret est en train d’être mis en place pour transporter des articles non alimentaires, tels que des fournitures médicales et autres fournitures d’urgence, là où ils sont le plus nécessaires. »

La Chine va maintenir son ambassade en Afghanistan

Un porte-parole des talibans a fait savoir, dans la nuit de jeudi à vendredi, que la Chine avait promis de maintenir ouverte son ambassade en Afghanistan. Abdul Salam Hanafi, un membre du bureau politique du groupe islamiste à Doha, au Qatar, « a eu une conversation avec Wu Jianghao, ministre adjoint des affaires étrangères de la République populaire de Chine », a annoncé sur Twitter ce porte-parole, Suhail Shaheen.

« Le ministre adjoint chinois a assuré qu’ils maintiendraient leur ambassade à Kaboul, ajoutant que nos relations allaient s’étoffer (…) La Chine va aussi poursuivre et augmenter son aide humanitaire, en particulier pour le traitement du Covid-19 », a-t-il ajouté.

 

Reprise des transferts d’argent

L’entreprise américaine spécialisée dans les transferts d’argent Western Union a annoncé, jeudi, avoir repris ses opérations vers l’Afghanistan. Elles avaient été suspendues le 18 août, en raison de la prise de pouvoir des talibans. « Nos clients [vont pouvoir] à nouveau envoyer de l’argent et soutenir leurs proches », a annoncé une porte-parole dans un communiqué. Ces transferts d’argent envoyés par des membres de leurs familles vivant à l’étranger sont cruciaux pour les Afghans.

Selon la Banque mondiale, ils se sont élevés à près de 789 millions de dollars (soit 665 millions d’euros) en 2020, pour un produit intérieur brut (PIB) la même année estimé à 19,8 milliards, soit près de 4 %.

La semaine dernière, l’institution de Washington avait annoncé suspendre ses aides au pays tout en explorant « les moyens de rester engagée pour (…) continuer à soutenir le peuple afghan ». L’autre grande institution, le Fonds monétaire international, avait annoncé dès le 18 août la suspension de ses propres aides en faveur de l’Afghanistan.

 

Charles